LES BREASTFEEDERS AU ZARICOT
Pas des SUCEUX de tendances
Les Breastfeeders veulent se tenir loin des étiquettes dont on les englue. On ne pourra donc ici les qualifier de yéyé, pas plus que de rétro. Mais on peut certainement s’entendre sur le fait qu’ils jouent du rock’n’roll. Du vrai.
Entrevue exclusive de Mobiles réalisée avec Luc Brien, auteur et chanteur du groupe les Breastfeeders.

Comme l’explique Luc Brien, le choix de leur style musical n’était pas exactement un choix : « J’ai commencé à cesser d’aimer ce que j’entendais à la radio à l’âge de douze ans. […] Je retrouve dans la musique des années 40 à 70 une franchise que je ne trouve pas ailleurs ».
Loin de lui l’absurdité de la « révolution » musicale : « La musique contemporaine, c’est la déconstruction. Il n’y a plus de mélodie et j’aime les mélodies. Ceux qui croient révolutionner la musique ; soit ils ne connaissent pas ce qui s’est fait avant eux, soit ils font quelques sons et lancent un piano en bas d’un immeuble ».
Suintant de leur rock’n’roll, un entêtement à ne pas se laisser assimiler par les sonorités cheap dont nous martèlent les médias commerciaux : « Nous revendiquons le droit d’exister. Ce n’est pas parce que tu ne joues pas au Dix30 ou que tu ne passes pas à CKOI, que ce n’est pas bon. On doit élargir nos horizons ». Les Breastfeeders ne seront jamais des « suceux de tendances » scande Brien. Qu’on se le tienne pour dit.
Une certaine exaspération

On sent clairement dans le discours du chanteur une certaine exaspération face à l’hégémonie musicale québécoise : « Même le gala hors d’onde de l’ADISQ récompense les mêmes artistes que le gala principal, les mêmes artistes qu’on voit partout. C’est de la criss de bullshit ».
Pourtant, leur dernier album Dans la gueule des jours a reçu un excellent accueil de la critique : « La chanson 400 milles a passé quelques fois à Musique Plus. Par contre, les radios disent trouver la voix trop agressante, mais passe des artistes anglophones bien pires. On ne cadre tout simplement pas » déplore Brien.
Néanmoins, un réel désir de rendre des textes plus accessibles transparaît dans le dernier opus du groupe : « C’est peut-être une maturité, un désir de ne plus se cacher derrière un texte plus fermé ». Aucune ambition toutefois de se travestir en succès commercial instantané ; juste de tendre vers quelque chose de plus simple, de plus facilement abordable.
Brien, auteur des textes du groupe avec Johnny Maldoror, n’abandonnerait pas si facilement ses influences poétiques premières venant de la poésie imagée (notamment de Denis Vanier) : « J’écris en image, ça appelle une audition créatrice ».
Un français assumé
Derrière les paroles, une sincère recherche donc, et un français assumé. « Pourquoi certains ne sont pas capables d’écrire en français ? Parce qu’ils ne sont pas assez imaginatifs pour que ça sonne cool, le français ». Selon Brien, bien connaître le français, c’est s’appartenir tout simplement.
Notre culture est inhérente à notre langue, ce qui n’est même pas le cas en France où le français est souvent délaissé au profit de l’anglais. « Les Français sont comme des élèves de cinquième année, ils feraient n’importe quoi pour être branchés ».
Le groupe, revenant d’une tournée française en décembre dernier, en retire une étrange conclusion : « Les Français ne comprennent pas pourquoi nous chantons en français. Ils n’ont jamais eu à se battre pour leur langue, ils n’en sont pas fiers ».
Pour Brien, au contraire, notre langue est poétique et politique, elle ne se satisfera jamais du joual seul, qui créoliserait le Québec au sein de la francophonie.
Du rock’n’roll donc, et de la poésie, et de la politique. Tout un mix.
LES BREASTFEEDERS : Luc Brien (voix, guitare), Suzie McLelove (voix, guitare, claviers), Sunny Duval (guitare), Joe (basse), Johnny Maldoror (tambourin), Pat No (batterie).
En concert au Zaricot le 9 février dès 20h00
Première partie assumée par SAGOT
Les Breastfeeders - 400 Milles from Bonsound on Vimeo.